Bien préparer sa randonnée à La Réunion
Quand partir, quel niveau choisir, quoi emporter et quelles règles ne jamais transgresser : l'essentiel avant de mettre un pied sur un sentier réunionnais.
La randonnée est la première raison de venir à La Réunion, et c’est aussi l’activité qui expose le plus. L’île concentre en soixante kilomètres des reliefs de haute montagne, un climat tropical, des rivières capables de gonfler en une heure et des sentiers qui traversent des zones sans réseau. Rien de tout cela n’est dangereux en soi. Mal préparé, tout cela le devient.
Cette page rassemble ce qu’il faut savoir avant de mettre un pied sur un sentier réunionnais. Elle ne remplace ni une carte, ni la météo du jour, ni le bon sens.
Quand randonner à La Réunion
Les meilleures conditions se situent aux inter-saisons : de la mi-avril à juin, puis de la mi-septembre à novembre. On y trouve le meilleur compromis entre ciel dégagé, températures supportables et sentiers praticables.
L’hiver austral, de mai à novembre, est la saison sèche. Les pluies se raréfient, la visibilité est meilleure, mais les températures chutent en altitude : il peut geler au-dessus de deux mille mètres, et le vent accentue nettement la sensation de froid.
L’été austral, de décembre à avril, apporte chaleur, humidité et fortes précipitations. C’est aussi la saison cyclonique, pendant laquelle des sentiers entiers peuvent être fermés, parfois pour plusieurs semaines après un épisode intense.
Un phénomène compte plus que la saison : l’ennuagement des Hauts. La brume monte presque tous les jours en fin de matinée et ne se lève plus avant le soir. Un panorama magnifique à huit heures peut être totalement invisible à onze heures. La conséquence est simple et vaut toute l’année : on part tôt. Très tôt.
Pensez enfin à la durée du jour. En été austral, le soleil se lève vers cinq heures et demie et se couche vers dix-neuf heures. En hiver, la journée perd plus de deux heures : une randonnée entamée à midi peut se terminer de nuit.
Les quatre niveaux de difficulté
Sur ce guide, chaque randonnée porte un niveau. Il ne dépend pas seulement de la durée : à La Réunion, le dénivelé et l’état du terrain comptent souvent davantage que les kilomètres.
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Facile
Moins de 2 h · moins de 200 m de déniveléSentier large et bien tracé, sans passage exposé. Accessible en famille, y compris avec de jeunes enfants.
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Modérée
2 à 4 h · 200 à 600 m de déniveléQuelques montées soutenues, un terrain parfois irrégulier. Pour marcheurs occasionnels en bonne condition.
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Difficile
4 à 7 h · 600 à 1 200 m de déniveléLongue, physique, avec des passages raides ou glissants. Réservée aux randonneurs habitués et bien équipés.
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Très difficile
Plus de 7 h ou plus de 1 200 m de déniveléEngagement réel : passages exposés, échelles ou mains courantes, exposition prolongée. Expérience de la montagne indispensable.
Comprendre une durée annoncée
Les durées indiquées correspondent à un marcheur régulier, sac léger, sans pause. Elles ne comprennent ni les arrêts photo, ni le pique-nique, ni le temps passé à chercher le balisage.
Comptez large. Une règle qui fonctionne bien à La Réunion : ajoutez un tiers au temps annoncé pour une première sortie sur l’île, et davantage avec des enfants ou par temps humide. Le terrain volcanique, les racines et les marches irrégulières ralentissent bien plus qu’un sentier de métropole.
Enfin, une descente n’est jamais un repos ici. Sur les sentiers raides des cirques, elle fatigue les cuisses et les genoux autant que la montée, et elle est plus accidentogène.
L’équipement indispensable
Trois éléments font la différence entre une belle sortie et une mauvaise expérience.
Les chaussures. Des chaussures de randonnée montantes, tenant la cheville, avec une semelle crantée. Les baskets de ville sont à proscrire au-delà d’une balade d’une heure : le sol volcanique est abrasif, souvent glissant, et les torsions de cheville sont la première cause d’intervention des secours. Rodez-les avant le départ.
Le sac. Vingt à trente litres suffisent pour la journée. L’essentiel est qu’il porte bien et qu’il contienne de l’eau, de quoi manger et une couche supplémentaire.
Les vêtements, en trois couches. Un sous-vêtement respirant, une polaire, et une veste coupe-vent imperméable. C’est le principe qui répond le mieux au climat réunionnais, où l’on peut passer de trente degrés au départ à dix degrés et sous la pluie deux heures plus tard.
- 1,5 à 3 litres d’eau par personne selon l’itinéraire
- Chaussures de randonnée montantes et rodées
- Veste imperméable et polaire
- Casquette, lunettes, crème solaire indice élevé
- Téléphone chargé et batterie externe
- Carte hors ligne téléchargée avant le départ
- Lampe frontale même pour une sortie de jour
- Trousse de secours et couverture de survie
- De quoi manger, y compris du sucre rapide
- Un sifflet, plus audible que la voix
L’eau, le soleil et le froid
Les points d’eau sont rares sur les sentiers réunionnais, et l’eau des ravines n’est pas potable. Partez avec tout ce que vous boirez : un litre et demi pour une sortie courte, jusqu’à trois litres pour une longue journée en chaleur.
Le rayonnement solaire est intense, y compris sous les nuages et en altitude, où il augmente encore. Crème solaire, casquette et lunettes ne sont pas des accessoires.
Le froid en altitude surprend systématiquement les visiteurs. Au Piton des Neiges ou au Maïdo avant le lever du soleil, la température approche de zéro et le vent peut être glacial. Une doudoune légère n’est pas superflue si vous dormez en gîte.
Les règles de sécurité qui sauvent
Ne traversez jamais une rivière en crue, et ne descendez pas dans une ravine par temps incertain. Le niveau peut monter de plusieurs mètres en moins d’une heure, sous un ciel parfaitement bleu, à cause de pluies tombées des kilomètres plus haut. C’est la cause d’accidents mortels chaque année.
Renoncez sans hésiter si de fortes pluies sont annoncées, et a fortiori en vigilance ou alerte cyclonique. Le sentier sera encore là la semaine prochaine.
Consultez la météo la veille et le matin même, et vérifiez l’état des sentiers auprès de l’Office national des forêts, qui publie les fermetures en cours. Un sentier peut être fermé pour éboulement plusieurs mois après un épisode pluvieux.
Ne partez jamais seul sur un itinéraire engagé. Dans tous les cas, prévenez quelqu’un de votre parcours et de votre heure de retour prévue — c’est ce qui déclenche les recherches si vous ne rentrez pas.
Restez sur les sentiers balisés. Les raccourcis apparents mènent souvent à des barres rocheuses invisibles d’en haut, et la végétation referme les traces en quelques semaines. Si vous perdez le balisage, revenez sur vos pas jusqu’au dernier repère certain.
Enfin, ne comptez pas sur votre téléphone. Le réseau est absent sur une grande partie des sentiers, notamment dans les cirques et les ravines encaissées.
Randonner avec des enfants
L’île offre de très belles sorties familiales, à condition de choisir. Restez sur les itinéraires classés faciles, privilégiez les boucles courtes et ombragées, et partez tôt pour éviter la chaleur comme la brume.
Prévoyez plus d’eau que pour vous, des en-cas réguliers, et acceptez de faire demi-tour. Une randonnée écourtée reste un bon souvenir ; une randonnée subie n’en est pas un.
Évitez avec de jeunes enfants tout itinéraire comportant des passages exposés, des échelles ou des traversées de rivière, même signalés comme courts.
Mafate : ce qui change
Le cirque de Mafate est le seul territoire habité de France sans aucune route. On n’y entre qu’à pied, et l’on n’en ressort qu’à pied. Cela change tout.
Une sortie à Mafate se prépare : réservation de gîte à l’avance, itinéraire connu à l’avance, autonomie en eau et en nourriture, et marge horaire réelle. Les dénivelés y sont importants et les liaisons entre îlets plus longues qu’elles n’en ont l’air sur une carte.
Si vous voulez découvrir le cirque sans vous engager, les belvédères du Maïdo et du Dos d’Âne permettent d’en mesurer l’échelle depuis le bord.
Avec un bébé : porte-bébé ou poussette
La question revient souvent, et elle mérite une réponse franche : à La Réunion, la poussette est l’exception et le porte-bébé la règle. Ce n’est pas une question d’équipement mais de terrain.
La poussette : peu d’options, mais elles existent
Presque aucun sentier de l’île n’est roulant. Le sol est volcanique, irrégulier, souvent taillé en marches, et la pente y est rarement douce longtemps. Une poussette tout-terrain ne change pas grand-chose à cette réalité.
Ce qui fonctionne, en revanche : les fronts de mer aménagés, les jardins et parcs urbains, les sites de visite avec allées stabilisées, et quelques pistes forestières plates. Nous signalons ces itinéraires quand ils existent, et nous ne les inventons pas quand ils n’existent pas.
Un avertissement utile : sur une carte ou dans un descriptif, « accessible » ne signifie jamais « roulant ». Vérifiez avant de vous engager avec une poussette, surtout si le demi-tour suppose de remonter une pente.
Le porte-bébé : ce qui devient possible
Un porte-bébé physiologique classique, sans armature, suffit pour l’essentiel des balades courtes. Il ouvre l’accès à des dizaines d’itinéraires interdits à la poussette.
Un itinéraire compatible avec un bébé de moins de deux ans réunit, selon nous, six conditions :
- Moins d’une heure trente de marche effective
- Moins de 150 mètres de dénivelé
- Sentier large et majoritairement ombragé
- Aucun passage exposé, ni échelle, ni chaîne, ni main courante
- Aucune traversée de rivière, même à gué
- Demi-tour possible à tout moment du parcours
Ce qui change vraiment à La Réunion
Le soleil. L’indice UV est élevé toute l’année, y compris sous les nuages et davantage en altitude. Un nourrisson ne doit pas être exposé directement : ombre, vêtements couvrants, chapeau à bords larges. La crème solaire est déconseillée avant six mois sur de grandes surfaces — c’est le vêtement qui protège, pas le produit.
La chaleur. Sur le littoral en été austral, la déshydratation est rapide, et un bébé porté contre un adulte a chaud bien plus vite que l’adulte lui-même. Partez tôt, et considérez qu’une marche de fin de matinée n’est pas raisonnable de décembre à mars.
Le froid en altitude. Au Maïdo ou sur la route du volcan avant le lever du jour, la température approche de zéro avec du vent. Ce n’est pas un environnement pour un enfant de moins de deux ans, quel que soit l’équipement.
Les moustiques. La dengue circule à La Réunion, avec des épisodes épidémiques réguliers. Les répulsifs cutanés sont déconseillés ou fortement restreints chez le nourrisson : privilégiez les vêtements longs et légers, une moustiquaire sur le porte-bébé, et évitez les fins de journée près des ravines et des points d’eau stagnante. Demandez conseil à votre médecin avant le départ.
Votre propre équilibre. Une glissade seul est un désagrément ; une glissade avec un enfant sur le dos ne l’est pas. Le sol volcanique humide est particulièrement traître. Chaussures adaptées, allure prudente, et renoncement facile.
Une règle sans exception : on ne traverse jamais une rivière avec un bébé, même un filet d’eau, même en apparence tranquille. Les crues réunionnaises sont soudaines et le portage supprime toute possibilité de réaction.
Respecter le Parc national
Une grande partie des sentiers traverse le cœur du Parc national de La Réunion, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Quelques règles y sont impératives : pas de feu, pas de déchets — y compris organiques —, pas de cueillette, et pas de dérangement de la faune.
Le bivouac est strictement encadré dans le cœur du parc. Renseignez-vous avant plutôt qu’après : les milieux traversés abritent des espèces endémiques que l’on ne trouve nulle part ailleurs au monde, et qui ne supportent pas la fréquentation désordonnée.
Emportez vos déchets. Un trognon de pomme met des semaines à disparaître en altitude, et attire des espèces envahissantes qui déséquilibrent le milieu.